Fixer son salaire quand on dirige une entreprise, ce n’est pas décider d’un chiffre et dormir tranquille. C’est arbitrer entre trois besoins contradictoires : votre rémunération personnelle, la solidité financière de votre structure, et des droits sociaux qui ne tombent pas du ciel. En Île-de-France, où la densité des PME-TPE pousse beaucoup de dirigeants à jongler entre croissance et prudence, cette question devient cruciale. Mal dosée, une rémunération grignote la trésorerie et fragilise les investissements. Bien structurée, elle devient un levier de pilotage financier qui nourrit à la fois votre compte bancaire et la viabilité de la boîte.
Le vrai piège ? Croire que salaire et dividendes sont deux mondes séparés. Ils ne le sont pas. Votre statut juridique (TNS ou assimilé salarié), la santé réelle de votre flux de trésorerie, votre tranche d’imposition, et le stade de développement de votre entreprise dictent chacun un poids différent dans cette équation. Confondre ces variables, c’est perdre des points à coup sûr. Les meilleurs dirigeants que nous rencontrons ? Ceux qui ont cartographié précisément l’impact de chaque euro prélevé, avant de l’actionner.
Au sommaire :
Salaire du dirigeant : le coût réel dépasse largement le chiffre affiché
Quand vous vous versez 50 000 euros bruts annuels, votre entreprise n’en paie pas 50 000. Elle en paie beaucoup plus. Les charges patronales s’ajoutent, et selon votre statut, elles représentent entre 34 et 63 % du salaire brut. Pour un assimilé salarié (dirigeant de SAS, SASU ou SA), compter plutôt 42 à 45 % de charges. Pour un TNS (gérant majoritaire de SARL ou associé unique d’EURL), les cotisations sociales oscillent entre 43 et 20 % selon la tranche de revenus.
Prenez un salaire brut de 60 000 euros. Un dirigeant assimilé salarié coûte réellement 84 000 à 87 000 euros à l’entreprise. Le même revenu perçu par un TNS en coûte environ 72 000 à 78 000 selon le montant. La différence paraît technique ? Elle ne l’est pas. Sur une année, cela représente plusieurs milliers d’euros qui auraient pu financer des stocks, une formation, ou renforcer le fonds de roulement.
Les droits sociaux en contrepartie du coût
Mais ce surcoût ne sort pas nulle part. Il finance une couverture sociale que beaucoup de dirigeants sous-estiment. L’assimilé salarié cotise pour la retraite de base, l’assurance maladie, la maternité, et depuis peu, l’assurance chômage sous certaines conditions. C’est un filet de sécurité tangible. Le TNS ? Sa couverture est moins dense. Moins de prestations en cas d’arrêt de travail, une retraite souvent inférieure à celui du salarié pour un revenu identique.
Voilà le vrai dilemme : optimiser fiscalement la rémunération à court terme, c’est souvent accepter une couverture sociale plus fragile. Un dirigeant TNS qui se verse uniquement des dividendes risque de découvrir, à 65 ans, que sa pension de retraite ne suffit pas. Un assimilé salarié bien rémunéré par salaire paie plus cher aujourd’hui, mais se construit une retraite solide.
L’arbitrage salaire-dividendes : déchiffrer la fiscalité 2026
Depuis 2024, la fiscalité des dividendes s’est complexifiée avec les évolutions de la loi de finances 2026. Le prélèvement forfaitaire unique (PFU) reste maintenu à 30 % pour les assimilés salariés, mais la part des prélèvements sociaux a augmenté à 18,6 %. Les TNS perceçant des dividendes supérieurs à 10 % de leur capital social doivent s’acquitter de cotisations sociales plus lourdes.
Concrètement : un assimilé salarié qui perçoit 100 000 euros bruts de salaire supporte environ 42 000 euros de charges. Après impôt sur le revenu, selon sa TMI (tranche marginale d’imposition), le net peut descendre à 58 000-64 000 euros. Même montant versé en dividendes ? Il subit la flat tax de 30 %, donc le net s’établit à 70 000 euros. Attirer, mais au prix d’une couverture sociale réduite puisque les dividendes n’ouvrent aucun droit supplémentaire.
La stratégie hybride comme point d’équilibre
Les dirigeants qui équilibrent vraiment leur rémunération combinent les deux. Un salaire minimum suffisant pour sécuriser les cotisations retraite et la couverture sociale, complété par des dividendes quand la boîte respire bien. Cette approche demande de la précision, mais elle paie. Vous cotisez pour la retraite via le salaire, vous optimisez fiscalement via les dividendes, et votre trésorerie respire parce que les dividendes ne se versent que si le cash est là.
Prenons l’exemple de Thomas, dirigeant d’une SARL informatique en Île-de-France. Son chiffre d’affaires tourne autour de 800 000 euros, avec une marge nette d’environ 15 %. Il se verse 38 000 euros bruts de salaire annuel (équivalent au plafond de sécurité sociale 2026), qui lui coûte 52 000 euros à la boîte. Puis, en fin d’année, si les résultats le permettent, il se distribue 30 000 euros de dividendes nets. Bilan : 68 000 euros nets perçus, protection sociale complète, cotisations retraite solides, et l’entreprise n’est pas saignée à blanc.
Trésorerie : le vrai indicateur d’une rémunération soutenable
Beaucoup de dirigeants commettent l’erreur de raisonner en « bénéfice comptable ». Ils regardent le résultat de l’exercice et pensent que tout ce qui n’est pas dépensé peut être prélevé. C’est une confusion dangereuse. Le bénéfice comptable n’est pas la trésorerie. Une facture impayée, un délai de paiement fournisseur raccourci, un stock qui gonfle : autant de facteurs qui creusent un trou de trésorerie malgré un résultat positif sur papier.
Avant de fixer votre salaire, cartographiez vos flux réels. Combien de jours vous faut-il pour encaisser un client ? Combien en avez-vous ? Quelle est votre durée de paiement fournisseur ? Quel est votre besoin en fonds de roulement (BFR) ? Si vous avez 45 jours de délai client et 30 jours de délai fournisseur, il vous manque 15 jours de financement du cycle d’exploitation. Multiplié par votre chiffre d’affaires quotidien, cela représente souvent des milliers d’euros immobilisés.
| Indicateur | Formule | Impact sur votre rémunération |
|---|---|---|
| BFR (Besoin en fonds de roulement) | (Créances clients + Stocks) – Dettes fournisseurs | Plus il est élevé, moins vous pouvez prélever immédiatement |
| CAF (Capacité d’autofinancement) | Résultat net + Amortissements + Provisions | Le cash réellement disponible pour les dividendes |
| Taux de marge nette | Résultat net / Chiffre d’affaires | Donne la vraie capacité de prélèvement sans fragiliser |
| Ratio d’endettement | Dettes / Capitaux propres | Trop élevé ? Limitez les dividendes, renforcez l’équité |
Un dirigeant qui se rémunère sans surveiller ces indicateurs agit à l’aveugle. La boîte peut basculer en quelques mois si un gros client retarde son paiement ou si une dépense d’investissement devient urgente.
Deux règles empiriques pour sécuriser votre trésorerie
Première règle : votre salaire mensuel ne doit jamais excéder 20 % de votre chiffre d’affaires mensuel. Si vous facturez 60 000 euros par mois, votre salaire ne devrait pas dépasser 12 000 euros bruts. Pourquoi ? Parce qu’il y a les fournisseurs à payer, les stocks à renouveler, les charges fixes. Un salaire trop agressif accélère l’épuisement du cash.
Deuxième règle : conservez toujours trois mois de charges d’exploitation en réserve. Cela signifie que si vos frais fixes (loyer, salaires, contrats) s’élèvent à 30 000 euros par mois, vous ne devriez jamais descendre sous 90 000 euros de trésorerie. Ce coussin vous permet de survivre à un creux saisonnier, à un client qui disparaît soudainement, ou à une facture imprévue.
Adapter votre rémunération au cycle de l’entreprise
Une jeune PME en phase de croissance n’a pas les mêmes besoins qu’une entreprise mature. Les arbitrages diffèrent aussi radicalement que la stratégie commerciale elle-même.
Quand vous êtes en croissance rapide
Vous avez trouvé votre modèle. Les ventes explosent. Mais le BFR explose aussi. Vous avez peut-être besoin de recruter, d’investir en équipements ou en logiciels. C’est le moment de privilégier les dividendes zéro et le réinvestissement maximum. Ou de vous verser un salaire minimaliste, juste assez pour cotiser à la retraite sans fragiliser le cash. Cette arbitrage entre recrutement et sous-traitance demande de la clarté sur votre trésorerie future.
Pourquoi ? Parce qu’un euro distribué aujourd’hui ne peut pas financer une embauche demain. En Île-de-France, où la concurrence pour les talents est féroce et les salaires élevés, bloquer votre propre rémunération pendant 18-24 mois peut sembler douloureux. Mais c’est aussi ce qui solidifie votre structure pour les années suivantes.
Quand vous êtes en phase de rentabilité stable
Le modèle tourne. La croissance existe mais n’est plus votre obsession. Votre marge nette atteint 12-18 %. Votre besoin en investissement baisse. C’est le moment de rééquilibrer. Vous pouvez augmenter progressivement votre salaire et commencer à verser des dividendes réguliers. Le signal ? Une couverture sociale mieux assurée, une retraite qui se capitalise vraiment, un train de vie personnel qui se stabilise.
C’est aussi le moment idéal pour envisager une stratégie patrimoniale plus sophistiquée. Holding, compte courant d’associé, PER (Plan Épargne Retraite) avec des plafonds de déduction plus généreux : ces outils deviennent rentables seulement si votre structure a atteint une certaine maturité.
À l’approche d’une transmission ou cession
Si vous préparez la vente de votre entreprise ou sa transmission familiale, l’arbitrage bascule de nouveau. Vous avez intérêt à maximiser les bénéfices non distribués pour valoriser le patrimoine professionnel. Les dividendes ? Limitez-les. L’acheteur regardera le résultat net et le EBITDA. Une rémunération excessive érode ces indicateurs.
À l’inverse, si votre objectif est de préparer votre retraite personnellement plutôt que par la vente, augmentez votre salaire pour booster vos cotisations retraite. Chaque année compte, et le calcul de pension se fait sur les 25 meilleures années de revenus. Ne laisser pas des années creuses traîner dans votre dossier retraite.
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Les pièges courants à éviter absolument
Après avoir accompagné des centaines de dirigeants en Île-de-France, certaines erreurs reviennent régulièrement. Elles coûtent cher, souvent sans que le dirigeant s'en aperçoive immédiatement.
Piège n°1 : confondre bénéfice et trésorerie
Votre expert-comptable vous dit : « Vous avez 80 000 euros de bénéfice ». Vous pensez automatiquement : « Je peux me verser 80 000 euros ». Faux. Le bénéfice, c'est un flux comptable. La trésorerie, c'est le cash réel dans votre compte. Un client qui n'a pas encore payé, un crédit de TVA à récupérer, un amortissement qui gonfle le bénéfice mais n'impacte pas le cash : autant de décalages qui font que vous avez peut-être seulement 40 000 euros de trésorerie disponible.
La solution ? Demandez à votre expert-comptable un tableau de flux de trésorerie actualisé, pas seulement un résultat comptable. Ou utilisez un outil de trésorerie comme la construction d'une story bancaire solide auprès de votre structure de financement.
Piège n°2 : ignorer la fiscalité personnelle de votre TMI
Votre taux marginal d'imposition sur le revenu (TMI) dépend de vos revenus totaux : salaire, mais aussi revenus du conjoint, placements immobiliers, et autres sources. À 41 % ou 45 %, les dividendes taxés à la flat tax (30 %) deviennent soudain beaucoup plus avantageux que le salaire. À 11 % ou moins, c'est l'inverse : le barème progressif de l'impôt sur le revenu peut être meilleur que la flat tax.
Beaucoup de dirigeants oublient d'ajuster leur stratégie quand leur situation personnelle change. Vous venez d'hériter d'un bien immobilier qui génère 20 000 euros de revenus fonciers ? Votre TMI augmente. Vous devez recalculer votre rémunération. Vous avez soudain un conjoint sans revenus qui peut accumuler une retraite complémentaire ? Versez-lui des dividendes pour alimenter son PER.
Piège n°3 : négliger les cotisations retraite
Une rémunération 100 % en dividendes, c'est séduisant fiscalement. Mais un TNS qui ne se verse que des dividendes en-dessous du seuil des 10 % du capital social n'accumule aucun trimestre de retraite. À 65 ans, sa pension de base SSI sera misérable. Vous devez conserver un socle minimum de salaire ou de revenus cotisants pour valider au moins 4 trimestres par an.
En 2026, cela signifie au minimum 7 128 euros annuels de revenus cotisants. Nous recommandons plutôt 28 000 euros bruts pour assurer une couverture décente. C'est l'assurance contre la pauvreté à la retraite.
Piège n°4 : augmenter votre salaire sans vision à moyen terme
Vous avez eu un bon trimestre. Vous augmentez votre salaire de 15 %. C'est tentant et psychologiquement légitime. Mais votre entreprise croît de seulement 5 % par an en moyenne. Vous venez de créer un coût fixe qui grossit plus vite que votre chiffre d'affaires. Dans deux ans, si la croissance ralentit ou s'il y a une contraction économique, ce salaire devenu inabordable crée un vrai stress de trésorerie.
Mieux vaut augmenter progressivement, année après année, en suivant la croissance réelle de l'entreprise. Et garder une part variable (dividendes) pour les années exceptionnelles. Cela crée de la flexibilité.
La stratégie sur 3 ans : un vrai plan de rémunération
Les meilleurs dirigeants que nous rencontrons ne décident pas de leur rémunération année par année. Ils la projettent sur 3 ans en fonction d'un scénario de croissance réaliste.
Année 1 : pose les fondations
Vous définissez un salaire stable et modéré. Assez pour cotiser à la retraite, assez pour ne pas fragiliser la trésorerie. Vous versez zéro dividende, ou des dividendes minimalistes. L'objectif ? Comprendre vraiment votre cycle de trésorerie sur 12 mois, identifier les mois creux, et connaître précisément votre BFR.
Année 2 : montrez votre capacité financière
Si le chiffre d'affaires a croît et si la trésorerie s'améliore, vous pouvez augmenter légèrement le salaire et commencer à verser des dividendes réguliers. C'est aussi le moment où vos banquiers regarderont vos comptes avec plus d'intérêt. Une rémunération bien équilibrée qui grandit régulièrement, c'est un signal positif pour un futur crédit ou un financement de croissance.
Année 3 : affinez votre fiscalité
Vous maîtrisez maintenant vos flux. Vous pouvez explorer des dispositifs comme le PER (Plan Épargne Retraite) pour les TNS, ou la holding pour les assimilés salariés. Vous pouvez aussi envisager une rémunération mixte plus sophistiquée : compte courant d'associé, avantages en nature déductibles, ou intéressement si vous avez des salariés.
Ce n'est qu'avec du recul et des données réelles que ces stratégies font sense. Pas avant.
Statut TNS ou assimilé salarié : comment cela change tout
Votre statut juridique ne détermine pas seulement vos cotisations sociales. Il ouvre ou ferme des portes fiscales et patrimoniales. Trop de dirigeants considèrent qu'il est gravé dans le marbre. Or, il existe des seuils de transition, et bien les connaître change complètement votre équation de rémunération.
Dirigeant TNS : flexibilité, mais couverture réduite
Si vous êtes gérant majoritaire de SARL ou associé unique d'EURL, vous êtes TNS. Vos cotisations sociales sont dégressives : 43 % jusqu'à un certain seuil, puis dégression jusqu'à 20 %. Cela signifie qu'à revenus élevés, vos charges sociales sont inférieures à celles d'un assimilé salarié. Un net plus 100 000 euros coûte moins cher à votre entreprise.
Mais la couverture est moindre. Les indemnités journalières en cas d'arrêt maladie représentent seulement 50 % du revenu moyen, pendant 3 ans maximum. C'est moins généreux que le salarié classique. Votre retraite de base SSI sera aussi inférieure. Pour compenser, beaucoup de TNS se versent un complément via un PER (Madelin autrefois).
En Île-de-France, beaucoup de freelances structurés en EURL, ou de petits commerçants en SARL, choisissent ce statut précisément pour la flexibilité. Mais ils découvrent souvent, trop tard, que la couverture sociale est insuffisante.
Dirigeant assimilé salarié : coûteux, mais sécurisant
Vous êtes président ou directeur général d'une SAS, SASU ou SA ? Vous êtes assimilé salarié. Vos cotisations sont plus élevées (42-45 %), mais elles financent une vraie couverture. Assurance maladie complète, indemnités journalières à 50 % du salaire pendant toute la durée de l'arrêt, possibilité d'accéder à l'assurance chômage. Votre retraite de base sera plus généreuse.
Pour un même revenu net, le coût pour l'entreprise sera 15-20 % plus élevé. C'est un choix stratégique : privilégiez-vous la sécurité sociale ou l'optimisation fiscale immédiate ?
Beaucoup de dirigeants de PME qui ont grandi en Île-de-France (Essonne, Yvelines, Hauts-de-Seine) reconnaissent qu'être assimilé salarié les a mieux protégés lors de crises ou de transitions personnelles. Le coût était un investissement dans la paix de l'esprit.
Les outils fiscaux pour affiner votre rémunération en 2026
Maintenant que vous avez cartographié votre trésorerie et compris votre statut, il reste à optimiser. Plusieurs leviers existent pour transformer votre stratégie de rémunération en vrai plan fiscal sans frauder.
Le Plan Épargne Retraite (PER) : la déduction à ne pas négliger
Ancien régime Madelin pour les TNS, le PER est accessible à tous les dirigeants. Les sommes versées sont déductibles de votre revenu imposable. Pour un TNS avec des revenus nets de 80 000 euros, vous pouvez verser jusqu'à 10 % de vos revenus d'activité dans un PER, dans la limite de 37 680 euros annuels. C'est une vraie déduction fiscale : à TMI de 41 %, cela représente 15 500 euros d'économies d'impôt.
L'argent reste bloqué jusqu'à la retraite (sauf exception : achat de résidence principale, invalidité, décès). À la retraite, vous le débloquez en capital ou en rente. La flat tax s'applique sur les plus-values, mais pas sur le capital correspondant à vos versements. C'est un vrai nid douillet fiscal.
L'épargne salariale : si vous avez au moins un salarié
Si votre TPE compte un ou plusieurs salariés, l'intéressement et la participation deviennent possibles. Les montants sont exonérés de cotisations sociales pour le salarié (et pour vous, si vous participez au plan d'épargne salarial). Le coût pour l'entreprise est réduit (exonération de charges + déductibilité fiscale).
En pratique, dans une petite structure en Île-de-France avec 3-4 salariés, un plan d'épargne salarial peut vous permettre de verser 8 000-10 000 euros par an avec un coût réel inférieur à 6 000 euros pour la boîte. C'est efficace si vous voulez augmenter votre rémunération nette et celle de vos équipes sans dévaster la trésorerie.
Le compte courant d'associé : attention aux contraintes
Certains dirigeants pensent que faire remonter des fonds via un compte courant d'associé permet d'esquiver les charges sociales et la fiscalité. C'est faux. L'URSSAF surveille ces comptes de très près. Les sommes dépassant un certain seuil sont requalifiées en salaire ou en dividendes masqués, et les pénalités tombent vite.
Cependant, alimenter un compte courant d'associé a un vrai bénéfice pour les TNS : cela augmente le plafond de dividendes non soumis à cotisations (les 10 % du capital incluent le compte courant). Mais c'est une astuce, pas une parade aux cotisations.
Cas concrets : trois profils d'Île-de-France
Laura, auto-entrepreneur devenue EURL en croissance (Essonne)
Laura gère une agence de communication web. Elle a quitté son statut d'auto-entrepreneuse pour passer en EURL en 2024, prévoyant une croissance forte. Son chiffre d'affaires : 120 000 euros actuellement, cap à 200 000 euros dans 2 ans. Son statut : TNS.
Stratégie année 1 (maintenant) : Laura se verse 36 000 euros bruts de salaire annuel (3 000 euros mensuels). Cela valide 4 trimestres de retraite, lui permet de cotiser à la mutuelle, et ne broie pas le cash. Elle verse zéro dividende. L'EURL accumule du bénéfice pour financer l'investissement en équipements et l'embauche d'une junior.
Prévision année 2-3 : quand le CA atteindra 200 000 euros, Laura augmente à 48 000 euros de salaire brut, puis commence à se verser des dividendes réguliers (15 000-20 000 euros annuels selon les bénéfices). Elle cotise aussi à un PER pour capitaliser une retraite complémentaire.
Marc, PDG de PME stable en SAS (Île-de-France Centre)
Marc dirige une PME de 8 salariés, CA 1,2 million d'euros, marge nette stable à 10 %. Statut : assimilé salarié (SAS). Problème : il se versait 80 000 euros de salaire brut, plus 30 000 euros de dividendes, mais ne comprenait pas vraiment son impact fiscal.
Audit réalisé : son TMI est 41 %. Recomposition proposée : 60 000 euros de salaire brut (réduction de 25 %), 50 000 euros de dividendes (augmentation sensible). Bilan fiscal : économies de 8 000 euros nets annuels. Bilan trésorier : moins de charge sociales immédiates, plus de dividendes quand la trésorerie respire vraiment. Marc reprend le contrôle.
Sophie, dirigeante en phase de transmission (Hauts-de-Seine)
Sophie a construit un petit empire : deux salons de coiffure (réseau de franchise). Elle prépare de vendre dans 18 mois. Statut : TNS pour les SARL de chaque franchise. TMI élevée (45 % à cause des revenus fonciers d'un immeuble).
Stratégie pivot : réduire drastiquement les dividendes immédiats pour constituer un bénéfice net important à la date de vente (acquéreurs regardent l'EBITDA). Augmenter légèrement le salaire pour continuer à capitaliser la retraite. Créer une holding pour consolider le tout et lisser l'imposition post-transmission.
Vérifier votre calcul : la checklist finale
Avant de valider votre stratégie de rémunération, parcourez cette grille pour vous assurer que vous n'oubliez rien.
- Votre salaire fixe représente-t-il moins de 20 % de votre chiffre d'affaires mensuel moyen ? Si oui, vous ne fragilisez pas la trésorerie.
- Validez-vous au minimum 4 trimestres de retraite annuels ? Minimum 7 128 euros de revenus cotisants, idéalement 28 000.
- Avez-vous calculé le coût réel pour l'entreprise (salaire brut + charges) ? Si non, vous vous leurrez sur ce que vous coûtez.
- Vérifiez votre TMI exact avant d'arbitrer salaire vs dividendes. Consultez votre dernier avis d'imposition.
- Avez-vous 3 mois de charges d'exploitation en trésorerie ? Sinon, aucun dividende tant que ce coussin n'existe pas.
- Vos dividendes reposent-ils sur la CAF (capacité d'autofinancement) réelle, pas sur le bénéfice comptable ?
- Avez-vous un plan sur 3 ans pour votre rémunération ? Année 1, année 2, année 3 ?
- Avez-vous consulté votre expert-comptable sur l'impact fiscal global (revenu personnel + impôt sur les sociétés) ?
Quel est le salaire minimum pour un dirigeant en 2026 ?
Il n'existe pas de salaire minimum légal. Cependant, pour valider 4 trimestres de retraite et bénéficier d'une couverture sociale correcte, nous recommandons au minimum 28 000 euros bruts annuels (soit environ 1,5 SMIC). Pour une couverture ultra-minimaliste, 7 128 euros suffisent, mais c'est maigre et peu prudent.
Puis-je augmenter ma rémunération en cours d'année ?
Oui, mais avec prudence. Pour le salaire, cela nécessite une modification du contrat de travail. Pour les dividendes, il faut une délibération des associés (ou une décision de l'associé unique). Mieux vaut planifier à l'avance et vous éviter des tracas administratifs à la fin d'année.
Salaire ou dividendes : qu'est-ce qui me coûte le moins cher à l'entreprise ?
Pour un TNS, les dividendes coûtent moins cher à court terme. Pour un assimilé salarié, le salaire crée une déduction fiscale (réduction d'IS) tandis que les dividendes sont prélevés après IS. Le vrai calcul dépend de votre TMI, de votre statut exact, et de votre taux d'imposition sur les sociétés. Consultez votre expert-comptable pour modéliser les deux scénarios.
Que faire si ma trésorerie se dégrade alors que je dégage du bénéfice ?
C'est le signe d'un problème de BFR (besoin en fonds de roulement). Vérifiez : délais clients qui s'allongent, stocks qui s'accumulent, ou investissements récents qui immobilisent le cash. Ne versez aucun dividende tant que ce problème n'est pas résolu. Augmentez le salaire minimal seulement si cela n'aggrave pas le cash, et préparez un plan d'action auprès de votre banquier.
Je suis TNS avec peu de revenus salariaux et beaucoup de revenus immobiliers. Quel risque ?
Vous pourriez être assujetti à la cotisation PUMa (Protection Universelle Maladie) si vos revenus du capital dépassent 50 % du PASS et votre revenu d'activité reste inférieur à 20 % du PASS. Cette cotisation s'ajoute à vos prélèvements et réduit votre net. Maintenez un minimum de revenus d'activité pour l'éviter, ou restructurez votre patrimoine avec un expert.